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Dalie Farah -"Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'histoire"

Le terroriste clame : adorez-moi, haïssez moi ! Faites de moi une icône.

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Le terroriste clame : adorez-moi, haïssez moi ! Faites de moi une icône.

Cela m’arrive très rarement mais j’ai manqué à ma parole aujourd’hui. J’avais rendez-vous avec un média pour parler de mon travail sur les caricatures et j’ai annulé, le jour même.

Vanité légitime des cœurs perdus.

Hier, j’avais dit oui, prise par l’émotion prise par les colères confuses que je lis ici et là, prise par cette lassitude de constater l’absence de pensée, j’ai dit oui, croyant que je pourrais faire quelque chose.

Les faits qui viennent d’avoir lieu, sont impossibles à penser si on n’est pas un brin rigoureux, si on ne prend pas le temps de l’être et si, surtout, on se prend pour juge, procureur, enquêteur à partir de tweets, vidéo YouTube et autres captures d’écran…

La pensée ne peut être que verbale, la pensée a besoin de la froideur du recul, du temps qui passe, la pensée est impossible aujourd’hui.

Pourquoi joindre ma confusion à celle des autres, pourquoi ma propre confusion devrait-elle être plus visible que celle d’un/une autre ?

La communauté émotionnelle de défense s’érige en procureure et fait support aux manipulations diverses du réel, que ce soient les fausses héroïsations, le racisme plus ou moins dissimulé, la logique clanique, la pensée magique qu’elle soit humaniste ou idéaliste jusqu’au bavardage hypocrite d’une condition humaine universelle…

 Toutes ces manipulations œuvrent à la même cohérence toxique : elles masquent les faits et les rapports de force réels.

 

C’est comme ça, c’est normal.

Mais il y a une chose quand même. L’acte terroriste est une tentative de renversement des idoles.

Le terroriste clame : adorez-moi, haïssez moi ! Faites de moi une icône.

La politique de terreur veut faire image et donc image de terreur. C’est son ADN, son intérêt.

Le terrorisme demande ce qu’il interdit.

Non, mieux vaut me taire que nourrir ce que je refuse. Il ne s’agit pas de faire silence mais que je fasse mon métier, je suis écrivaine et professeure.

Il faudra des voix, des plumes pour faire la généalogie du fait de violence dont les racines plongent dans le temps et dans l’espace des rapports de force qui régissent la société mondialisée, mais j’ai bien peur que la vérité du réel empêche toute honnêteté et que l’on préfèrera toujours les symboles et les idéaux, plus à même de frapper l’esprit par leur absence de complexité.

Alors, voilà les cours, voilà les documents, voilà ma progression du cours que je fais tous les ans depuis 2016 à la rentrée, en culture générale et expression avec mes BTS.

L’enjeu de mon cours est certes de leur faire passer un examen, mais je me suis fixée aussi de les aider à les rendre moins démunis dans la lecture du monde réel. C’est un luxe. Le cours que je fais, je suis quasi certaine que peu de gens ont le temps et les conditions pour le faire… J’ai une vingtaine/trentaine d’élèves et au moins 15 heures pour ça…C’est de mon propre chef, et sans prescription de programme car en première année de BTS, on nous commande de faire acquérir des compétences et le contenu est choisi par l’enseignant.

1- un cours de définition du mythe

2- la comparaison d’un mythe fondateur dans plusieurs pays et religions (création du monde/ mais aussi le Déluge qui est très important dans ce qu’il décide du rapport entre ceux qui croient et ce en quoi ils croient)

3- Un travail documentaire sur religion et laïcité qui m’amène à faire un historique de la question de la loi de 1905 construite contre un pouvoir : le pouvoir clérical catholique.

4-Un long travail historique/social/philosophique sur la caricature pour en comprendre l’existence, l’histoire toute particulière en France et les techniques d’analyse de lecture qui ne sont pas si simples.

5- Le visionnage des vidéos faites par d’autres étudiants.

6- ils sont évalués à travers une lecture et analyse de caricature, la comparaison d’un mythe dans plusieurs cultures et un exposé.

Tendrement,

Dalie Farah

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