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Dalie Farah -"Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'histoire"

Deux petites bourgeoises de Colombe Schneck

colombe

Deux petites bourgeoises, roman cénotaphe d’une amitié entre deux filles Esther et Héloïse.

Deux petites bourgeoises nous dit le titre avec une pointe de provocation mimant la légèreté d’une fausse Comtesse de Ségur.

Parce que ce roman évoque davantage une grande bourgeoisie qu’une petite ; il est vrai que le Bourgeois a mauvaise presse – en apparence car c’est toujours lui qu’on imite même en le dénigrant – donc Colombe Schneck se joue de cette réputation en documentant deux choses qui m’ont passionnée : la vie quotidienne, l’amitié de ces filles, leurs fringues -leurs problèmes de fringues -, la matérialité de leur rivalité et/ou complicité.La description et le récit de vie de ces deux filles renseignent sur ce qui la fabrique, les construit à la fois à l’abri et en danger.

Avec une réelle sincérité, Colombe Schneck pose des accents flaubertiens sur ces deux bourges qu’on ne déteste jamais vraiment. La critique est douce, certes, mais pose quand même quelques éléments de la manière dont les filles bourgeoises sont éduquées.

Elles sont prisonnières elles aussi de leur classe et des illusions que cette classe génère à leur encontre.

En soubassement, comme si ce n’était pas le propos, alors que c’est sans doute le sujet, il faut reconnaître que les bourgeoises, petites ou grandes finissent par mourir. Cette fatalité ne peut s’acheter ni en linge de grand couturier, ni en maison sur la côte.

Un jour, il faut mourir.

On pourrait se dire et alors ? Ce qui est douloureux pour Esther et surtout Héloïse, c’est pourquoi si tôt, si jeune. Et ce n’est pas tant pour écrire, regardez, même riche on souffre, c’est la manne de la presse people et des tragédies antiques ; mais juste regardez comment moi, j’ai appris à voir mourir mon amie.

Dans une langue vive, un style en brasse coulée ou en tendre crawl, Colombe Schneck raconte surtout cela : l’irrémédiable de la mort et la nostalgie d’une amitié précieuse, la seule valeur qui n’a pas de prix.

Le livre se lit d’une traite, et permet une petite œillade du côté de chez Colombe, dans ce monde où posséder c’est souvent être, où perdre devient l’angoisse dissimulée d’une puissance faible face à ce qu’elle ne peut acheter.

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