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Paroles, voix et cultures citoyennes

Migrants-Place du premier mai : et qu’est ce qu’on veut ?

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Mais qu’est-ce qu’on veut ?

Place du 1er mai à Clermont-Ferrand, un camps des tentes, des gamins qui jouent sur une sculpture contemporaine, des bénévoles en sous-nombre, une tente où s’amoncellent des vêtements et une manif qui titube ces manifestants qui remontent depuis la place jusqu’au centre Jaude pour aller vers la préfecture.41965105_265132104128553_4599510975849168896_n

Les images sont courantes, banalisées, moins, ou plus que ces corps que l’on repêche ou pas dans la Méditerranée. A priori, ceux qui sont là sont vivants. Bien vivants. La preuve ils ont faim. Ils ont soif. Ils ont sommeil. Ils ont mal. Ils sont fatigués. Ils n’ont nulle part ou aller.

Ils sont là depuis quelques jours, un mois, un an, deux ans. Hors circuit administratif, en circuit administratif. Avec, sans papier, avec, sans identité. Ils sont, ne sont pas. Sont là puisqu’ils sont là.41859320_994389700723114_2393733785439961088_n

Et qu’est-ce qu’on veut ?

Il y a un qui gueule. Il me voit avec mon carnet alors c’est sur moi qu’il gueule dans un français courant, clair et circonstancié parce que ça fait un an et demi qu’il est là. Il n’est pas sans voix, ni sans voie, ni sans choix, ni sans parole, ni sans argument, il est sans logement. Il le dit : pourquoi vous accueillez et vous laissez les gens dans la rue. Je ne sais pas quoi répondre. En Allemagne, me dit-il, les gens ne sont pas dans la rue. Ils dorment dans des lits.

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Et qu’est-ce qu’on veut ?

C’est vrai que c’est ni fait ni à faire cette odeur d’urine et d’excrément qui plane. C’est vrai que c’est ni fait ni à faire ce lavabo bricolé de rien et avec pas grand chose, y a l’eau qui coule et on se dit c’est pas si mal pour la vaisselle. Même si y en a un peu marre de manger du couscous. C’est Carmen du secours populaire qui n’est pas contente.41848059_584981335238312_5660157466038501376_n

Elle en a ras le cul. Ras le cul elle répète. J’écoute et je comprends une histoire de conflits entre bénévoles de décision à prendre qui se font à la majorité et la majorité est toujours la même. C’est partout pareil. Ils sont épuisés. Ils sont incarnés dans leur présence sur ce terrain gazonné où Monet aurait pu peindre un tableau ou deux.

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Et qu’est-ce qu’on veut ?

Parce qu’il fait beau. Mais il y a deux jours, il y avait la pluie. Aujourd’hui le linge sèche, ça fait vacances ces journées du patrimoine. Ces journées où l’on fait le compte de tout ce que l’on possède, que la ville possède, que la France possède grâce à une histoire – parce que c’est comme ça – qui a forcément dépossédé. Et c’est à qui tout ce qu’on possède là, sous notre nez. Y aurait pas la place là pour ces gosses et ces gens-là ? cette femme qui vient du Bénin. Elle est venue seule et avec son ventre. On se marre. je lui dis, c’est sûr, nous les femmes on a du mal à voyager sans notre ventre. Elle me tape dans le dos, la femme enceinte, c’est de la sororité pour pas cher.

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Le problème, c’est les problèmes. Y a plein de problèmes. Parce qu’au fond, ils veulent travailler et faire leur vie mais à rester là toute la journée à rien faire qu’à se méfier si la police va venir ou pas. Elle est venue mercredi justement, pour assigner à comparaître. Une histoire pas possible où l’homme entre en premier et si l’homme sort, la femme entre et il y a quarante-cinq signatures. C’est le gamin qui a fait la traduction. Je ne comprends pas bien le truc, mais ça fait flipper. Tiens, il y a lui, il était aux droits de l’homme dans son pays. Du coup, il s’est proposé pour garder le garde-manger. Une nuit il a manqué d’être tué, du coup, il s’est auto-licencié.

C’est la guerre sans la guerre. La guerre est sociale. L’insécurité est sociale.

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Et qu’est-ce qu’on veut ?

Leïla est enthousiaste comme d’autres, elle voit le bon qu’il y a là, depuis les enfants qui jouent ensemble, jusqu’aux femmes qui se mettent du vernis ; elle ne nie pas le chacun pour soi et l’entre-soi. Elle vient presque tous les jours, et l’autre fois, il y avait un guinéen à qui on a dit tu auras une tente à midi. Mais il ne savait pas monter la tente. Leïla un peu. Ils ont monté la tente.

Et qu’est-ce qu’on veut ?

Parce que merde, y en a marre qu’on demande au pauvre d’être noble, au migrant d’être noble, au bénévole d’être noble, au manifestant d’être noble, au passant d’être noble quand tout un système s’organise sciemment pour tuer toute noblesse en l’homme. Quelle dignité à mettre à genoux les faibles ? Quelle dignité à poignarder les morts  ? Quelle dignité à appauvrir et juger ceux qui n’ont pas grand-chose ?

Et qu’est-ce qu’on veut ?

42058752_2656789627879810_8543192042010836992_nIl y a lui dans la manifestation qui me montre ses tatouages : celui-là, c’est pour le combat. celui-là pour son fils. celui-là celle qu’il aime. Voilà. Un autre regarde moi aussi j’en ai un. Il me montre un machin tout petit en forme de S, je prends la photo.

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Et qu’est-ce qu’on veut ?

Facile : la petite fille a une cape rouge. C’est samsam, elle ne dévoile pas son identité elle est une super héroïne. Ma fille, Séléné et Isis, la fille de Leïla brandissent la pancarte où elles réclament une maison pour les autres et demandent des papiers pour tous et toutes. Tous et toutes. La distinction est là aussi.

Et qu’est-ce qu’on veut ?

On veut des héros : des qui sauvent et dès qui meurent. On veut de belles histoires, un peu tragiques, un peu belles où à la fin le migrant il meurt ou alors on lui donne une médaille. Et là, on réagit.

Et qu’est-ce qu’on veut ?

Et pour l’homme banal, la femme banale, l’enfant banal,  l’homme anonyme dans son errance, la femme qui n’accomplit que sa vie banale, minuscule, il n’y a rien ? Rien pour lui, rien pour elle, rien pour eux ?

Et qu’est-ce qu’on veut ?

Une politique d’accueil qui ne met pas à genoux  dit Akhmet.

Une politique d’accueil qui ne transforme pas le sans-pays en criminel ou l’accueillant en hors-la-loi dit Odile.

Une politique d’accueil tout court, dit Nora qui ne supporte pas qu’on parle encore de première, deuxième, troisième génération. Parce que ça l’agace Nora : à combien de génération(s), une créature humaine le devient ?

Dalie Farah

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