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Paroles, voix et cultures citoyennes

Michel, et Michèle(s) sont dans la place, au château des Vergnes ! Faut y aller !

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Je retourne dans un quartier que j’ai déshérité de ma présence pendant des années. Château des Vergnes. Je me souviens qu’à l’époque, j’aimais bien dire que je travaillais au centre social du château des Vergnes. Cela avait du style. Un château… Animatrice, c’était un vrai job. J’y ai croisé des gens fabuleux qui comme moi n’avaient pas lu Aristote et pourtant œuvraient pour le bien commun.

J’ai commencé par me perdre. Les travaux du tram, le tram en travaux ont bouleversé la géographie de mes souvenirs. Mes petiots regardent par la fenêtre comme si nous visitions un pays imaginaire. Et je leur explique ce que c’est que cet endroit. Ils ne savent rien de cette vie-là mes petits coqs en pâte qui ont grandi dans une maison avec jardin.

Je manque d’abandonner, me disant tant pis, j’aurais essayé d’essayer. Ce que Montaigne n’aurait pas renié. C’est ce qui compte au fond dans l’existence : s’appliquer à vivre avec justesse et vitalité.

Heureusement, une habitante me renseigne avec précision et exactitude. (Contrairement à certains habitants qui m’ont tous envoyée n’importe où.)

J’arrive sur le dispositif mis en place par les Guêpes Rouges. De part et d’autre de la ligne de tram, des groupes sont agglutinés. Nous sommes en retard, des regards un peu stressés, des corps occupés, on s’installe du côté droit sur des petits coussins. Plus tard on nous apportera un petit poste de radio noir gaffé sur une fréquence mystérieuse.

Deux femmes vêtues de blancs, belles, naturelles et merveilleusement solaires s’installent de part et d’autre d’une table rouge, l’émission de radio commence : en live, en direct, au milieu des tours.

On est tout de suite enveloppés des voix, des mots, de la musique. L’interprétation et la création technique sont formidables, on parle de peur, de courage et la voix de Montaigne est associée à celles des enfants du quartier. Les interprètes ne mégotent sur rien, physiquement, vocalement. Elles manquent se battre, elles courent, elles tentent une danse improbable avec un Montaigne fashion en redingote rouge et chaussures jaunes fluorescent.

Mes petiots sont accrochés au son et tellement touchés par l’image. L’image des Michel/Michèle/Michèle. D’ailleurs ils s’appellent tous les deux Michel depuis hier. C’est plus simple pour qu’ils viennent tous les deux à table en même temps.

Puis, la performance théâtrale veut que l’on passe de l’autre côté.

Le dispositif est différent, un petit studio de radio avec tablette et table de mixage. Les deux femmes aux cheveux courts sont énergiques, autoritaires, on passe de la douceur vitale à l’urgence vitalisante.

On est assis sur des chaises, plus de coussins moelleux et colorés. On est dans le spectacle, nous sommes les spectateurs et nous devons donner le rythme par notre présence plus ou moins intense. Soyons honnêtes on n’a pas été très bons. Outre quelques énergumènes qui ont tenté à plusieurs reprises de traverser le plateau qui n’en n’est pas un, d’autres s’amusaient à parasiter par des effets de réel impromptu la mise en scène de l’émission de radio.

Mais enfin, c’est du direct live !

C’est culotté tout de même d’improviser avec les gens, les bâtiments, le silence, le bruit, la gêne, les rires. Mes petiots étaient à fond, les deux guêpes rouges inflexibles ont mené leur émission malgré une inertie relative. Moment d’enchantement : le moment des « je suis ». Les spectateurs ont complété l’énoncé et la lecture est faite de manière composée et cette écriture collective vivante produit un effet exceptionnel de vérité et de partage.

Il faut y aller, il faut goûter ça une fois, c’est une expérience à vivre et non à voir.

A mi-chemin entre la performance et le théâtre de rue, la proposition radiophonique participative tient la promesse d’une distance aux mots et à l’acte créateur.

Et Montaigne dans tout ça ?

Les miens ont bien retenu que c’était un écrivain mort depuis longtemps, qu’il avait peur et qu’il aimait le courage, qu’il disait « je sais » et « je suis ».

Ah, j’oubliais, et qu’il s’appelait Michel.

C’est pas si mal, non ?

Dalie

Les 13 et 26 juillet, le 02 août à 20h00
Rdv devant le Château des Vergnes, place des Droits de l’Homme, arrêt de Tram « Les Vergnes »
Programmation des Contre-Plongées / Ville de Clermont Ferrand

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Conception et mise en scène Rachel Dufour
Jeu et dramaturgie Anne Gaydier, Chrystel Pellerin, Sophie Lannefranque et Rachel Dufour
Écriture Sophie Lannefranque

Spectacle avec la collaboration de L’Onde Porteuse

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Intégration: Lysiakrea.com