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Dalie Farah et d'autres plumes d'ailes et mauvaises graines

Marie-France – « un roman exceptionnel »- 3.06.2019

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Valérie Rodrigue –

3 juin 2019

IMPASSE VERLAINE DE DALIE FARAH (GRASSET)

Des livres sur la relation mère-fille, il y en a eu beaucoup. Des récits coups de poing, des déclarations d’amour. Mais celui-ci est complètement à part. Drôle, cinglant, poétique, il me rappelle ce film Mustang sur la vie et les aspirations de jeunes filles turques. Années 80. Famille immigrée d’Algérie. HLM à Clermont-Ferrand. La narratrice, fille de Vendredi (oui, c’est son prénom), raconte le quotidien de cette famille partagée entre devoir d’intégration et nostalgie des montagnes berbères, nostalgie ou héritage, traditions, autant de lests et d’entraves. Il faut se battre pour le quotidien, c’est sans doute pourquoi la tendresse n’existe pas dans ce foyer là. La fille s’évade dans la lecture. La mère illettrée l’utilise en douce pour la paperasse  : «  Personne ne doit savoir qu’elle ne sait pas lire. Elle ruse, elle a, en embuscade, un atout de taille : je ne dépasse pas la hauteur du guichet et elle me tient par une mèche de cheveux (…) j’adore être le nègre de ma mère  » écrit la fille. S’ensuit toute une description de la mère manipulant sous le bureau d’appoint son scribe par la tignasse, pour cacher le fait qu’elle ne sait ni lire ni écrire. Il y a aussi dans cette famille le souci de ne pas «  faire arabe  », cela passe par une obsession de la propreté, de la guerre menée au cheveu frisé  : «  Je cumule  : tête à claques, tête à lunettes, tête à chapeaux (…) je pue souvent l’insecticide (…), elle me teint les cheveux en roux (…). Il ne sera pas dit que les enfants de Vendredi sont de sales Arabes  ». Vendredi vit sa maternité comme ça. Et parce qu’elle est la fille de sa mère, pétrie de cette brusquerie, de cet amour qui croit bien faire en malmenant, la narratrice réussit, au delà des espoirs maternels, devient «  quelqu’un  ». Ce faisant, elle quitte la maison, sur un ultime pied de nez  : «  Vendredi répétait  : Avec tout ce que j’ai fait pour elle  ! C’est vrai, maman a raison, mais je ne suis plus là pour la remercier  ». L’amour et la rage, l’humour pour prendre de la distance et puis il y a cette ressemblance, inouïe, quoiqu’on fasse. Un roman exceptionnel.

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