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Paroles, voix et cultures citoyennes

« Les jours heureux » de Marie Agullo

enfant-autonomes

Au départ c’était une belle idée de potière… de ces idées qui se dessinent avec les mains. Florence a plus d’un tour dans son sac. Elle avait sans doute, sans le préméditer, un jour où son cœur tournait bien rond, imaginé le mur des enfants !

Il est des murs qui séparent. Il existe des murs qui emprisonnent. Il y a même des murs qui tombent. Eux, dans son village,  ils auraient leur mur des enfants.

Tous les enfants sont venus au rendez-vous de la potière. Ils se sont donnés à leurs mains. Ils ont modelé, lissé, creusé, assoupli la terre. Ils ont fait surgir de la matière, une moto, un cœur, une forme, un mot, un secret… Et sous leur main inexperte et appliquée, à l’aventure, au désir, à l’envie, s’est dressée la forme qui pour longtemps resterait leur œuvre, visible, montrée, sur un mur.

Il a fallu plus d’un hiver et tout le printemps pour qu’un rien d’émail, à la cuisson, donne aux œuvres enfantines, cet éclat de lumière qu’ils avaient dans leur regard quand, le jour du façonnage, ils essayaient de créer ce qu’ils voyaient à l’intérieur de leur tête.

Et aujourd’hui, voyez, sur la maison de Florence, les petites mains des plus petits qui ont laissé leur empreinte … Leurs doigts ont déjà grandi mais là, entre les fenêtres, on peut poser notre mémoire sur la trace enfantine qu’ils ont laissée.

Les enfants rendent les villes vivantes. Les enfants,  c’est une volée de moineaux qui traversent l’air avec les saisons.

Quand il fait très chaud et qu’on entend les pierres…

Quand il fait très froid et qu’on glisse sous le bonnet de couleur…

Quand il pleut toutes les rigoles au milieu de la rue…

Quand on réinvente l’abri bus pour construire une cabane, quand on improvise un goûter, quand on prépare Halloween… Quand on est ensemble.

Quand ils seront plus grands, ils viendront ici, devant leur mur, devant leurs œuvres que le mari de la potière a clouées sur la façade. Ils montreront à leurs enfants leurs mains d’enfants. Ils diront : vous voyez, c’est ici qu’on a grandi. On était bien ensemble. On jouait, on se disputait, on riait, on pleurait. Des vies d’enfants ! A chasser les sauterelles, donner des coups d’épée dans l’eau, se suspendre au pneu du lilas, construire des ponts de bois au-dessus des fossés. On traquait la vie des bestioles au bord des puits, on se crottait en tombant dans les flaques. Nos parents nous cherchaient. Les filles distribuaient des pétales de roses dans les boîtes aux lettres. Les grandes allaient dans les chemins se raconter leur cœur de grandes. Les grands se souvenaient qu’ils avaient été petits, là. Les petits rêvaient de quand ils seraient grands. Des bébés naissaient aux cheveux de duvet noir. Des petits poussaient au bout des bras des grands qui revenant, disaient : C’est fou ! Il n’ y a pas si longtemps… Comme elle a grandi.

La vie quoi ! La vie des jours heureux. Et la promesse de la durée à tous ceux qui ont été enfants, ici ou ailleurs, car nous sommes tous de notre enfance.

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