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Dalie Farah et d'autres plumes d'ailes et mauvaises graines

Le Matin d’Algérie – « La plume alerte, tantôt sensible et tantôt ravageuse d’ironie de Dalie Farah fait de ce roman un immense récit de vie. » 1.06.2019

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téléchargement« Impasse Verlaine » est un roman qui décrit un amour brutal entre une mère et sa fille. Une histoire d’arrachement saisissant.

La mère s’appelle Vendredi, Djemaâ pour les Algériens d’où elle est originaire. Précisément à Meskiana, une terre abrupte et rebelle des Aurès.

Comme tous les enfants de cette région reculée, Vendredi a eu une enfance très dure. Ici, les filles naissent pour ranger, nettoyer, et Vendredi ne cessera de le faire. Et de quelle manière ! Vendredi a beaucoup appris de son père, un berger analphabète, auquel la colonisation n’a pas jugé utile d’offrir un avenir. Comme au demeurant aux millions d’Algériens maintenus sous un statut d’indigénat exécrable. Bref, même analphabète, son père s’occupe très bien de ses brebis.

A tout juste 17 ans, elle est mariée à un veuf, cousin germain qui a besoin d’une femme et qui doit repartir en France.

Elle débarque donc dans ce pays avec lui. Tout un monde pour elle. A la descente du bateau, Vendredi déteste Marseille. Déjà ! Elle apprend à coudoyer avec le monde des hommes. La dureté des regards. Le désir qui affleure des moindres gestes.

« Les trottoirs et le bitume, les lumières et les autres, tout lui fait comme un tourbillonnement qu’elle ne comprend pas. Ils parlent français, elle baragouine le patois berbère de ses montagnes. Ils rient, elle rit. Le mari, fier de sa docile épouse d’Algérie, se pavane avec cette beauté fermière et Vendredi, la coquette chevrière, apprend à marcher dans la ville en tortillant du cul ».

Elle va se faire des amies dans ce village auvergnat où elle débarque. Mais à peine habituée à ce village à Ponteix, elle va devoir rejoindre la ville. Elle à Clermont Ferrand, Impasse Verlaine bâtiment 31, appartement 622. Vendredi va vite devoir travailler, suite à l’accident de travail de son mari, tombé d’un échafaudage. « Vendredi se retrouve chef de famille, avec un mari, entortillé de bandages et emplâtré, qui ne sert plus à rien. (…) Elle décide ». Désormais, Vendredi a « le vertige des conquérants ». Elle tombe enceinte et met au monde une fille. Et c’est sa fille qui subit en premier ses foudres.

C’est cette terrible relation que Dalie Farah va aussi raconter. D’abord rejetée car Vendredi a tout fait pour ne pas la mettre au monde. Elle a dévalé des pentes raides sur un vélo sans freins. Mais au bout de sept mois, elle met au monde sa fille. Elle aura d’autres enfants, mais sa fille va subir les coups, les méchancetés de sa mère. Elle lui fera subir l’innommable. En clair, elle fait tout pour reproduire sa souffrance et ce qu’elle a subi et vécu dans sa fille. Très vite, elle fera des ménages avec sa maman. Puis elle remplira tous les papiers. En clair, elle connaîtra une enfance extrêmement difficile.

La plume alerte, tantôt sensible et tantôt ravageuse d’ironie de Dalie Farah fait de ce roman un immense récit de vie.

Impasse Verlaine est servi par une écriture poignante qui nous prend aux tripes. Commencé à la troisième personne, l’auteure prend le contrôle du récit par un « je » affirmatif.

L’histoire de cet amour maternel raté entre Vendredi et sa fille est renversante par son humanité

C’est le premier ouvrage de l’auteur. Dalie Farah promet. Pour ce premier coup d’essai, elle est allée loin pour exhumer les souvenirs d’une enfance violentée. Demain qui sait où nous emmenerait-elle ?

K. A.-G.

Impasse Verlaine, de Dalie Farah, publié chez les Editions Grasset.

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