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Dalie Farah -"Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'histoire"

La Montagne- « Impasse verlaine (…) se démarque du genre par l’énergie vitale des personnages, leur combativité positive, l’humour qui tient le drame à distance et par une vraie qualité d’écriture. » 07.04.2019

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12.04.2019

Jean-Paul Gondeau

Il est des coups d’essai qui valent des coups de maître. Pour son premier roman, Dalie Farah a été publiée par Grasset. Un véritable exercice d’écriture sur l’intégration, sans pathos, mais sans fermer les yeux non plus.

Ne vous arrêtez pas au sujet somme toute rebattu du roman : l’intégration choc en terre gauloise d’une famille paysanne algérienne.

Car « Impasse Verlaine », la première œuvre de Dalie Farah, enseignante au lycée Jean-Zay de Thiers , se démarque du genre par l’énergie vitale des personnages, leur combativité positive, l’humour qui tient le drame à distance et par une vraie qualité d’écriture.

Extrait chatoyant, comme inspiré d’un tableau orientaliste du XIXe : « De ma mémoire algérienne, j’élève un brouillard de contes berbères où les tissus d’Orient soyeux caressent des cous coloniaux et des croupes de putes alanguies au coin des rues suintant la pauvreté. »

Vendredi exilée en France en 1970

Offerte à 15 ans à un cousin germain, la mère de l’auteure, prénommée, Vendredi (francisation de Djemaa), ne peut que suivre son mari, manœuvre qui a trouvé du travail en 1970 au « pays des bourreaux », ainsi nommée la France, dont les soldats ont torturé à mort son grand-père pendant la guerre d’Indépendance.
Des Aurès à Marseille avant de parcourir « la moitié de la France », le couple a échoué à Ponteix (Puy-de-Dôme), hameau de la commune d’Aydat, premier sas dans son immersion gallo-bougnate.

Sans malice, les habitants ont tôt fait d’appeler Vendredi « la Fatima », et ce, « comme la cohorte de ses semblables. » Pas bégueule, La Fatima se pique au jeu français, apprend « à faire les conserves de haricots verts et de confitures d’abricots » et finit par porter des minijupes.

Mère courage, mère fouettarde

La Fatima devient « une villageoise auvergnate comme les autres et ça saute aux yeux. » De l’espièglerie et de la tendresse, indubitablement… Cette mère prématurée à 17 ans, « par mégarde » ricane sa fille, cherche en tombant volontairement de son vélo à se libérer de « ce poids intérieur ». L’enfant rescapée, aujourd’hui professeure agrégée en classes préparatoires, l’absout : « Maman n’avait pas établi le lien entre son ventre et moi ». Mère courage mais mère fouettarde.

Le triomphe de la jeune femme

Sa fille est marquée dans les deux sens du terme : « Les coups s’interrompent parfois brièvement pour l’interrogatoire : à quel garçon ai-je parlé ? ». La famille a migré de Ponteix à Clermont, impasse Verlaine, bâtiment 31, non loin des rues de la Confiance, du Courage, de l’Espérance et du Devoir. Dalie est bonne élève, gagne un concours d’éloquence et triomphe, bac en poche. Le beau prétexte pour fuir le giron maternel et renaître dans l’alma mater universitaire.

Plainte de Vendredi ambivalente et solitaire : « Avec tout ce que j’ai fait pour elle ! ». Comme toutes les mères du monde, berbères, arabes et françaises…

« Impasse Verlaine », Dalie Farah. Éditions Grasset, 218 pages.

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