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Paroles, voix et cultures citoyennes

La Grenouille de James Thierrée a le bourdon, mais elle avait raison !

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La Comédie de Clermont-Ferrand a pris un abonnement auprès de James Thierrée. Et elle a plutôt eu raison.

La grenouille avait raison commence avec un immense rideau grenat, usée des mille paroles qui l’ont précédé et grouillant de celles qui sont à venir.

Puis une voix, envoûtante et angoissante pénètre l’atmosphère et nos âmes ;  ceux qui étaient venus pour se fendre la poire et s’amuser de la belle poésie de la vie seront très vite calmés.

L’histoire est sombre, une longue question sans réponse qui s’étire et se termine tragiquement : la question de l’humanité, la question de la démesure, voire du péché des hommes ; de la transgression des petits face à la puissance d’une créature divine et animale qui finit pas se lasser de donner des avertissements.

La chanteuse Mariama est sublime, flippante mais sublime jusqu’à son ultime métamorphose qui la fait disparaître  pour réapparaître au cours du spectacle. Quand elle s’efface la première fois, le rideau, en une spectaculaire fluidité,  glisse comme une créature rampante vers les coulisses.

Tout à coup un décor de science fiction post apocalyptique. L’univers du conte de Grimm est passé à la trappe, on se retrouve plutôt derrière les ferronneries sombres de La Cité des enfants perdus, ce film de Jeunet au fantastique oppressant. On y ajoute un piano à la Walt Disney qui vit sa propre vie, un bassin en forme de lavoir comme symbole matricielle et lustral, et une immense structure d’une fleur ( un nénuphar ?) en vase inversé sur laquelle vit une créature. Tout est gris, or, gris, argent, gris métallisé, gris. Le travail des lumières et de machineries complexes va donner vie à cette intériorité humide et froide.

Les personnages réduits à une vie mystérieuse sous la fleur géante de métal se découvrent au fur et à mesure. D’abord un homme (Thierrée) qui se perd avec son propre corps, ses cheveux, ses doigts. Il fait des gags, des gags que l’on connaît, qui sont ceux des clowns. Son acolyte un autre clown savant (Jean-Luc Couchard) est truculent à souhait et ce, sans un mot. Puis il y a Elle. (Valérie Doucet) L’immense contorsionniste qui accomplit de telles arabesques que tout semble rigide autour d’elle. On voudrait qu’elle ne s’arrête jamais. Elle est la seule à occuper tous les espaces avec une mobilité amphibienne. Elle touche, fait rire, émerveille, elle illumine ce spectacle par sa capacité à créer une histoire par ses mouvements. Et l’autre ? Il y en a un autre : on rit avec l’immense et burlesque ferrailleur (Samuel Dutertre) qui bricole on ne sait quoi et qui sera finalement, en Prométhée fatigué, à l’origine de la dernière trahison des hommes. Et la petite créature suspendue ?  Une acrobate légère et minuscule (Thi Mai Nguyen) qui crapahute une petite existence de rien du tout perchée sur sa fleur de nénuphar inversée. Créature qui s’acoquine avec les hommes comme un Golum en mal de tendresse.

Le chef de famille, c’est le personnage de Thierrée, il ne quitte jamais la scène, il est de toutes les clowneries et de toutes les tragédies. Le duo qu’il accomplit avec la femme aux cheveux longs (Valérie Doucet) est magnifique de drôlerie et de créativité. Les jeux de scènes enchaînent des tableaux qui figurent une errance métaphorique, celle de l’existence qui se cherche un but et qui lorsqu’elle l’accomplit, se meurt.

Le travail de Bestiaire de Victoria Thierrée est fabuleux, on a beau dire, elle coupe le souffle cette fin : tant de légèreté associée à toute cette gravité, ça en jette.

On ne peut que vivre une heure vingt troublée durant ce truc qui n’a pas de nom : ni théâtre, ni danse, ni cirque. Un spectacle, c’est sûr, au sens étymologique : « ce qui s’offre aux regards, est susceptible d’éveiller des sentiments, des réactions » Et pour le coup, c’est réussi.

Dalie

 © Richard Haughton

© Richard Haughton

grenouille

© Richard Haughton

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© Richard Haughton

Reportage Arte.

Répétitions et mise en place

Une chanson de Mariama « Moments like These »

La Cité des enfants perdus, 1995.

Intégration: Lysiakrea.com