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Dalie Farah -"Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'histoire"

La femme révélée, la fresque romanesque d’une photographe mystérieuse de Gaëlle Nohant

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La femme révélée est un roman. Un roman. Dans sa tradition la plus exacte et la plus noble.

Gaëlle Nohant raconte l’histoire d’une femme, celle d’Eliza Donneley qui se fait appeler Violet Lee. Eliza fuit, Eliza est en fuite et cherche refuge en France. Le roman nous la peint par touches, nous la découvrons à mesure que le négatif de sa vie se développe.

Le romanesque tient à cette écriture qui dévoile en masquant, qui égrène les peurs et les souvenirs d’Eliza et ses rencontres en tant que Violet Lee.

Ce qui relie Eliza à Violet, c’est un objet : un appareil photo, un Rolleifleix.

La polysémie du titre renvoie tout autant à l’objet qu’à une métaphore filée de la photographie. Entre Eliza et le monde il y a toujours un autre œil, un œil qui saisit et met en immobilité froide sur la pellicule les scènes de vie traversées par Violet.

Il est troublant que l’espace de vérité de cette femme réside dans les clichés de vie qu’elle vole ou emprunte à ses rencontres d’abord parisiennes puis américaines.

Parce que Violet Lee après avoir vécu en France tente une quête : retrouver cet enfant qu’elle a abandonné à Chicago.

La femme se révèle aussi dans l’amour, un amour  romanesque qui contraste avec un mariage raisonnable et faux. Sous les dehors du lien amoureux le mariage cache des secrets douloureux. Le désir n’est pas la passion, la conjugalité n’est pas l’érotisme et encore moins la douceur.

La femme se révèle aussi dans les espaces qu’elle parcourt. Initialement promise à un espace clos et bourgeois, sa fuite lui offre un autre continent, des rues sombres, un hôtel, une pension de filles et surtout le Saint-Germain-des-Près jazzy et ses caves où les corps inventent une nouvelle manière de comprendre le rythme de la vie.

La femme se révèle enfin dans sa traversée de la grande histoire : climat social, émeutes, guerre du Vietnam, troubles publics.

Gaëlle Nohant manie l’art du roman dans cette veine des grands romanciers du XIXème siècle, elle relie avec une vertigineuse précision les passions de ses personnages, l’intimité troublée de leur passé avec les passions sociales et politiques de leur temps. Cette alliance de descriptions réalistes – notamment par le biais du regard de photographe de son personnage principal- et du récit de l’aventure d’une femme singulière donne au roman qui paraît le 2 janvier 2020 la force de la fresque romanesque des auteurs du XIXème et l’acuité sociale du XXIème.

L’art de Gaëlle Nohant est de coupler aussi une écriture enlevée, la peinture magnifiée d’une femme exceptionnelle avec l’écriture plus ciselée, documentaire de lieux, de situations traversés par cette héroïne.

La Femme révélée, doit beaucoup mentir sur elle pour finalement se révéler à elle-même, le roman suit le même mouvement, il use du mensonge romanesque et de la vérité documentaire pour in fine révéler au lecteur qui est vraiment Eliza Donneley.

Dalie Farah

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