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La favorite ou les jeux de domination… au féminin

la favorite

La Favorite est un film qui m’a beaucoup plu.

J’ai beaucoup aimé le début avec le côté angle concave et distorsion qui scénarise l’arrivée d’une noble déclassée dans l’univers royal qu’elle ne connaît pas. On se joue d’elle, on la fait tomber dans la boue, la fait passer dans les cuisines où le mouvement de ripailles miment la puissance, l’abondance en marge du début film plus affamé.

J’ai bien aimé aussi la cruauté simple de ce monde de cours où la hiérarchie et le caprice du prince qui est une reine fait figure de proue. Même si cette reine aux allures d’une reine de coeur Disney ressemble à une grosse enfant qui aurait vieilli trop vite.

L’outrance est acerbe, la guerre et les enjeux budgétaires sont des enjeux de sots qui joutent à recevoir par diverses manipulations l’assentiment de la Reine.

Bien sûr, ce qui fait le film c’est  le trio féminin avec les mâles qui gravitent autour, coiffés d’une perruque et vêtus de leur ennui piteux. (Très Houellebecquien avant l’heure cette débandade virile au sexe racorni).

Le réalisateur Grec Yórgos Lánthimos filme avec vivacité ce trio fondé sur la séduction, la domination et la manipulation : la Reine a besoin d’amour, besoin qu’on l’aime pour de vrai dans ce monde dont la fausseté dégorge des tentures et des plats, Lady Sarah a besoin de pouvoir et se substitue au corps royal à force de cunnilingus et d’intrigues. Arrive alors Abigail, la cousine pauvre qui a besoin de survivre. Elle observe et comprend vite les réseaux sociaux qui amène à être protégée.

Dans ce film, les animaux ont aussi leur part symbolique dans les jeux de violence symbolique et sociale : les canards qui se dandinent, les  pigeon explosés à coups de carabine, les chevaux racés qui galopent dans les forêts et surtout ces lapins. Les lapins de la Reine aussi nombreux que ses fausses couches, les lapins de la Reine qui dorment dans sa chambre.

Après le propos et le fil s’entortillent sur une bobine qui ne m’a pas retourné. Comme disent les anglais il y a un goût de « déjà vu ». Il manque au huis-clos plus de complexité, aux portraits leurs histoires et leurs psychologie, et un royaume sans peuple.

Le point fort ce sont sans aucun doute les scènes d’ennui d’une caste qui ne sait comment exister et les scènes de servitudes volontaires dans le jeux des tyrraneaux (cf Boétie) assez savoureuses.

Dalie Farah

Intégration: Lysiakrea.com