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Paroles, voix et cultures citoyennes

Kent par Agnès Du Prez

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« En faisant tourner le dernier album de Kent, en format 33 tours sur ma platine, j’ai eu comme une révélation : cet artiste est devenu mon chanteur français préféré.
Je ne suis plus fan-groupie comme quand j’avais 15-16 ans et que mes hormones me jouaient de bien vilains tours. Adolescente, j’étais éperdument amoureuse de tous mes chanteurs préférés. D’abord, il fallait qu’ils soient beaux. Leurs visages décoraient à merveille les murs de ma chambre. ça allait de Goldman à McCartney, en passant par Florent Pagny (canon avec son perfecto et il disait des gros mots dans ses chansons!) ou encore Don Johnson, l’irrésistible blond de “deux flics à Miami”. Ces amours impossibles me poussèrent à bien des folies. Ainsi à 18 ans, je vidai mon livret écureuil (pas tellement rempli) pour aller voir mon Beatles adoré à Bercy…
Les années ont passé…41 ans et des poussières. J’aime toujours aussi fort les 4 garçons dans le vent, mais ce cher Paul et ses nouveaux albums pleins de redîtes ne me font plus le même effet. Je puise mon plaisir dans d’autres émois, moins anglophones.
Il y a quelques années, peut-être pas loin de 10…Je ne sais plus. J’ai redécouvert Kent à l’occasion d’un drôle de co-plateau intitulé “Nano and Friends”. Bien sûr, je connaissais mes classiques, “Tous les mômes”, “J’aime un pays”, etc. Mais là, quelque chose s’est passé. Les mots ont provoqué un électrochoc, ont résonné en moi. J’entendais et je voyais ce dont j’avais envie à ce moment précis.
Cerise sur le gâteau, ce jour-là, je devais interviewer Kent pour un webzine inconnu et mort depuis…Cet échange passionnant et franc a duré près d’une heure. A partir de là, je me suis procuré les albums, nouveaux, anciens et live au Japon. “L’homme de Mars”, véritable OVNI boudé du grand public m’a complètement séduite. Et je suis retournée voir Kent en concert chaque fois que l’occasion s’est présentée.
Ce qui a définitivement créé le lien, c’est que de cette 1ère soirée à Cébazat a découlé pas mal d’événements. Ce soir-là, parmi les guests sur scène, il y avait Jamel, le chanteur du groupe Au P’tit Bonheur (J’veux du soleil !!!!). En coulisse, au bar de la salle plus exactement, nous avons fait connaissance. Et comme je m’essayais à jouer les tourneurs pour divers groupes et artistes, me voilà alors embarquée à trouver des dates de concert pour lui. Ainsi nous avons vécu ensemble entre autres soirées mémorables, le festival La Pamparina à Thiers. De cette rencontre en a découlé une autre avec l’accordéonniste Nano qui l’accompagnait. Notre collaboration a été de courte durée, peu fructueuse mais riche en échanges humains. J’en garde le souvenir magnifique d’une virée à St George de Didonne où je suis allée le voir travailler un spectacle en trio et où nous avons eu des discussions passionnantes assis sur une dune de sable.
Entre Kent et moi, il y a aussi eu quelques échanges de mails et un délire d’écriture. “Tu saurais adapter ma chanson “Cash” en anglais, au cas où ?” Evidemment, je me suis prêtée au jeu et cette version où nous pourrions un jour apposer nos deux noms est restée dans les tiroirs. Je l’ai quand même envoyée à la fille de Johnny Cash, Cathy, via Facebook et elle m’en a remerciée.
Ce dernier album, “La grande illusion” cadre complètement avec la lucidité qui est la mienne à l’aube de mes 42 ans. Avec le temps, on est moins nostalgique, on accepte toutes les facettes de notre vie et de notre personnalité, tout ce qui fait ce que nous sommes. Pour autant, on ne renonce pas à rêver. Mais on devient plus sage. Mon coup de cœur est ce premier morceau intitulé “Eparpillé”. Mais tout le reste m’enchante: paroles et musique.
Je ne reproche qu’une seule chose à Kent. Même si j’étais un homme, je ne saurais jamais écrire comme lui, avec autant de justesse et de poésie, les aléas de ma vie…Je vous avais prévenus: ceci n’est pas une chronique. » Agnès Dautraix

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