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Paroles, voix et cultures citoyennes

K.O. Debout de Mahault Mollaret entre Vian, Queneau et Nothomb, une romancière à découvrir.

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Ce sont les hasards de l’amitié qui m’ont mis ce premier roman entre les mains et c’est justement du hasard de l’amitié qu’il est question dans ce livre.

Le narrateur un brin doué, un brin loufoque et très déterminé vole à certains personnages d’Amélie Nothomb cette prescience du quotidien corollaire d’une précipitation vers l’avenir, car il détient la preuve formelle qu’il mourra à 27 ans.

En outre, son mutisme initial le porte à envisager le monde sous un jour inattendu. Entre une mère légère et anxieuse qui finit par partir s’occuper d’enfants en Inde et la mort d’un père tendre et respectueux de sa différence, le narrateur est prêt pour l’improbable.

Cet improbable prendra la forme de Ramon, un orphelin à la tragique destinée, marqué comme un Atride, touchant comme un Forest Gump et excentrique comme un Edward aux mains d’argent.

Ce roman, écrit comme un conte ou une allégorie de l’altruisme, alerte comme le scénario fantasque d’une amitié  à la Queneau, ce premier roman est truffé de trouvailles lexicales, de surprises sémantiques et de clins d’yeux délicieux.

On est surpris par l’aspect haché du début du roman qui figure l’arrivée du personnage dans le langage, mais le récit à la première personne prend de l’ampleur  avec l’arrivée de personnages attachants comme toutes les créatures vulnérables de Vian.

L’univers de la maison de Montrouge tient aussi du Pennac dans la truculence de la langue et le plaisir non dissimulé de la romancière à nous raconter. Mais l’on est emporté vers l’issue de ce récit qui ne déçoit jamais malgré parfois quelques longueurs qui contrastent avec la vivacité générale du roman.

Chapitres courts, écrits au scalpel, on s’amuse et on s’émeut des drames et mélodrames de ces personnages de l’ombre qui prennent une lumière extraordinaire dans leurs relations extravagantes.

Les dialogues ont l’absurde et la saveur de ceux de Queneau et échappent aux conventions souvent pénibles du faux réalisme. Réalisme fantastique, surréalisme, peu importe, on écoute ces voix intérieures et ces échanges avec plaisir. L’apparent fourre-tout à l’image de la couverture du roman séduit par  la sincérité de l’écriture et ce désir de tout dire sans rien dire. Les jeux de non-dits écrivent une fausse attente vers ces 27 ans que le narrateur s’est donné à vivre.

Ne boudons pas ce roman, bien au contraire, il a la modestie et l’arrogance des premières fois.  Le plaisir de lire est garanti, c’est un roman que l’on peut conseiller aussi aux lycéens tant sa force narrative emporterait les lecteurs récalcitrants vers une écriture à la fois essentiellement littéraire et potentiellement cinématographique. Donc, moderne !

Personnages croqués, humour subtil, écriture légère, sujet prenant, il se dévore en un rien de temps. Une romancière à surveiller de très près.

Dalie

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MAHAULT MOLLARET

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Quelques citations succulentes :

 » Jimi, Jim, Janis et moi. On était bien tous les quatre, besoin de personne. je ne m’embête pas avec les trémolos, mes seuls copains étaient morts. Je pouvais leur confier ma honte de fils de pute sans craindre que mon secret ne s’ébruite. »

« Deux solitudes qui se rencontrent, cela peut faire beaucoup de monde. »

« Orphelin de tout, il est passé de pupille de l’Etat à prunelle de mes yeux.

« Ma mère a toujours préféré les plans B. C’est une femme d’alternatives. »

« Je n’ai jamais autant aimé une femme qui me tournait le dos. »

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