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Dalie Farah et d'autres plumes d'ailes et mauvaises graines

Irremplaçables d’Elie Robert-Nicoud, l’enquête d’un fils.

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Irremplaçables d’Elie Robert-Nicoud, l’enquête d’un fils.

La rencontre

Elie ne guette ni les sourires, ni les tendresses, ni les signes de reconnaissance quand je l’aperçois assis à la même table de dédicace que moi lors du salon du livre de Saint-Etienne. Trapu, chauve, le visage d’une obscurité pâle ; devant lui plusieurs piles de livres. C’est un rude, un ancien, pas une vierge romancière de 46 ans. Il m’intrigue mais sa placidité m’intimide, je garde mes distances. Il faudra une grève des trains, l’arrivée de Valérie Trierweiler pour que les libraires nous placent l’un à côté de l’autre.

elie

Elie et Dalie.

Il arrive donc quelque chose d’assez rare et beau, on se retrouve à parler ; parler vraiment : littérature, style, sur une île, face au flux des visiteurs qui vont directement au stand de Valérie (notre voisine) pour la prendre en photo. Parfois, de futurs lecteurs s’arrêtent près de lui ou  de moi, nous interrompons notre colloque. Elie me donne des conseils. Règle numéro 1 : n’achète pas de livres sur un salon, tu vas te ruiner. Il m’envoie le sien par la poste.

Irremplaçables

Elie est un ancien boxeur, désormais entraîneur mais aussi écrivain et traducteur et son livre qui a été silencié par la rentrée littéraire s’appelle Irremplaçables. Le titre est plus généraliste que cette singulière et fascinante histoire : Elie raconte son père Robert et sa mère Clarisse. Ce roman  suit la chronologie de la vie de ses parents, c’est aussi l’enquête d’un fils sur l’enfance et le sens de la vie de ces « irremplaçables ».

Il commence par l’enfance.

Le père, Robert, est le roc impossible, l’enfant placé dans un orphelinat suisse, l’enfant abandonné dans un orphelinat qui n’a pas peur de martyriser les petits. Robert, c’est aussi l’homme en colère, l’artiste démesuré et le mari opaque.

La mère, Clarisse, marquée d’une enfance juive apeurée où l’on massacre et pourchasse la judéité sous n’importe quelle forme, est une amoureuse ; elle aime tout. Écrivaine, poétesse, modeste, loyale, courageuse et soumise à la vie, aux autres.

L’écriture

Ce roman fait entendre la voix d’Elie, la belle voix calme et leste d’Elie. Son style, je l’imagine comme celui du boxeur, fluide, et uppercuts et coups droits, Elie raconte sa fantasque enfance comme un témoin invisible. Il écrit la biographie de ses parents sans se donner sa place d’enfant, comme dévoré par ce couple et surtout ce père XXL. Robert et Clarisse sont des artistes et leur vie s’incruste dans la vie parisienne d’un Pigalle et d’un Montmartre mythologiques et esthètes. Elie les écrit sans fioriture avec une légère patine ironique.

Composition

Le roman est conçu selon le fil simple de la chronologie : de la naissance à la mort, mais loin de rendre rocambolesque ces vies (qui le sont), Elie en dessine la banale tragi-comédie ouatée de mystère. Est-ce la pudeur du boxeur-écrivain qui ne veut ni rendre ni donner de coups ?

Roman doux et tenace, Irremplaçables, se lit dans cette énergie placide et puissance que dégage Elie.  Souvent plus tendre avec Clarisse qu’avec Robert, Elie montre combien la rencontre de ces êtres s’apparente à une conjonction hasardeuse et destinale ; loin d’apparaître comme des idoles, les personnages vivent leur vie de papier en créatures errantes et folles. Elie ne dit pas tout, on le devine, et c’est son droit.

Ce qui est certain c’est que de ce père boxeur/peintre et de cette mère poétesse/dramaturge, Elie le boxeur/écrivain a hérité d’une délicatesse couplée de puissance qui se manifestent dans son écriture.

Dalie Farah

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