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Dalie Farah et d'autres plumes d'ailes et mauvaises graines

Barbara Lambert Média – « Dalie Farah. On n’a pas tous les jours, tous les mois, tous les ans, l’occasion de découvrir une nouvelle voix de femme et un tel talent. » 12.04.2019

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Barbara Lambert

12.04.2019

Vous êtes en vacances, sur le point de partir, vous louchez sur le calendrier en attendant la quille ? Réjouissez-vous : une nouvelle et belle écrivaine est née en ce mois d’avril ! Son nom ? Dalie Farah. On n’a pas tous les jours, tous les mois, tous les ans, l’occasion de découvrir une nouvelle voix de femme et un tel talent. Pour en savoir plus, c’est à lire ici, ou à entendre là, sur RADIO RCJ dans « Postface » de Caroline Gutmann : https://radiorcj.info/…/le-naufrage-des-civilisations-de-…/…

« Impasse Verlaine » qui vient de sortir aux Editions Grasset et Fasquelleest le premier roman de Dalie Farah. A la lire, on pourrait croire qu’elle écrit depuis toujours, tant sa maîtrise est grande.

La maîtrise, en même temps, était indispensable pour raconter l’histoire, sans doute autobiographique, dont il est ici question. Il faut beaucoup de maîtrise pour parler de ce que l’on a vécu. Il en faut encore plus quand ce que l’on a vécu est douloureux. On a tellement vite fait de sombrer dans l’auto-apitoiement…

Le pathos, l’auto-complaisance, qu’on se rassure, ne sont pas au menu. Dalie Farah parle une langue vive, fraîche, tonique. Elle manie la distance comme personne, elle se paie même le luxe de faire de l’humour pour parler d’un sujet grave. Car ce dont il s’agit ici, c’est de la violence qu’une mère peut exercer sur sa fille, du lien d’amour étrange qui, malgré la violence, unit une mère et sa fille.

Tout démarre en Algérie, dans les Aurès, dans les années 50. Effrontée, belle comme le jour, Vendredi endure la violence quotidienne de sa mère. Mariée de force à 17 ans à un manœuvre qui travaille en France, elle se retrouve en Auvergne, et met au monde une petite fille, la narratrice, qu’elle se met à battre à son tour.

A la souffrance physique s’ajoute une autre forme de souffrance, bien plus dévastatrice, qui tient au lien particulier qui unit une mère et sa fille. « Le proverbe berbère dit que le paradis de la fille est sous le pied de la mère, écrit Dalie Farah, car c’est la mère qui décide du salut de sa fille ».

On ne rompt pas comme on veut le lien avec la mère, quand bien même elle est abominable. La narratrice a beau être consciente de la monstruosité de Vendredi, elle a beau la haïr, elle ne peut s’empêcher de l’aimer : « J’ai très envie de dire à Vendredi que je l’aime ; parce que je l’aime », dit-elle.

Si elle ne peut s’empêcher de l’aimer, si elle n’arrive pas à rompre avec elle, c’est aussi, comprend la narratrice, parce que Vendredi, sa mère, « sommeille en elle » : « Des années à penser que je n’étais pas de son ventre, d’autres à espérer que l’on m’arrache à elle, d’autres encore à m’agiter pour ne pas lui ressembler, et enfin je comprends que Vendredi m’a faite à son image : je viens de son nombril. Que je le veuille ou non, Vendredi sommeille en moi. J’ai les cheveux de ma mère, les genoux de ma mère, les cuisses de ma mère, les fesses de ma mère. Tout ce que je refuse et m’est étranger est moi. La nature m’a désirée telle et cela devient mon scandale quotidien ».

Avec cette mère qui « sommeille en elle », sommeille aussi en elle l’Algérie : la narratrice le comprend en découvrant le pays de Vendredi où elle se sent tout de suite, assez bizarrement, « chez elle ». « Par l’Algérie, dit-elle, je deviens la fille de ma mère. Même si les souvenirs des vacances estivales se confondent, une impression s’est tatouée avec netteté : nous sommes de là. Ma mère et moi ».

Etre d’Algérie, c’est être d’une terre violente, d’une terre qui a été violentée — comme la mère et la fille. La source du mal vient peut-être de là… Le fait est que, malgré la monstruosité de cette mère, la narratrice ne la condamne pas. C’est la violence en elle qu’elle condamne — et c’est cette violence qu’elle fuira, à peine décroché le Bac, pour se sauver et vivre pleinement, enfin. Curieusement, ce livre n’est pas un livre de haine, ce n’est pas un règlement de compte, c’est, au contraire, et c’est un sacré coup de force, un livre d’amour. « Impasse Verlaine » de Dalie Farah est un TRES beau livre, à lire absolument !

https://www.facebook.com/barbaralambert.media/posts/2251542691595380?__tn__=K-R

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